Pendant de nombreux mois, les rumeurs autour de l’avenir de God of War n’ont cessé de se multiplier. Il faut dire que maintenant que Santa Monica Studio en a terminé avec la saga nordique, tout le monde se demande ce vers quoi la franchise va bien pouvoir se tourner. Et pendant que le mystère continue de planer sur ce qui se trame entre les murs du studio californien, c’est avec un jeu surprise faisant office de préquel que PlayStation nous a tous pris de court le 12 février dernier. En effet, loin de s’inscrire dans les carcans habituels de la série, God of War Sons of Sparta nous ramène tout droit dans la jeunesse de Kratos, au travers d’un metroidvania en 2D concocté par les équipes de Mega Cat Studios. Et cela ne fait aucun doute : il y a de quoi être dérouté à plus d’un titre.

Les prémices du God of War

Après nous avoir offert une conclusion épique à l’arc nordique de la vie de Kratos dans God of War Ragnarok et son extension, Valhalla, c’est là où tout a commencé que nous ramène désormais Mega Cat pour sa première excursion dans l’univers de la franchise. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le studio n’a pas choisi la carte de la facilité. Car loin des aventures divines auxquelles nous sommes habitués depuis vingt ans, Sons of Sparta place cette fois-ci son intrigue dans la jeunesse du héros, alors même qu’il n’était encore qu’un jeune spartiate en devenir. Ici, pas de guerre à grande échelle contre les dieux de l’Olympe et autres titans donc, mais plutôt une expérience plus ramassée qui tend à mettre l’emphase sur l’un des points phares des deux derniers opus : l’émotion.

GOW Mega Cat
© Gameblog

Pour Matt Sophos et Rich Gaubert, scénaristes chez Santa Monica, ce nouvel opus fut en effet l’occasion de ramener un personnage du passé de Kratos, Deimos, brièvement apparu dans l’épisode Ghost of Sparta de Ready at Dawn sur PSP.  Car ne l’oublions pas, God of War c’est aussi et surtout une histoire de famille. Et sur ce point, Sons of Sparta ne déroge pas à la règle en concentrant l’intégralité de son récit sur les liens unissant le dieu et son petit frère avec une certaine réussite. Relativement touchante, leur relation se dessine et s’enrichit au fil de la vingtaine d’heures composant l’aventure, qui n’hésite pas à multiplier les dialogues pour combler le vide laissé par la franchise à ce sujet jusqu’à présent. L’occasion alors, au passage, d’en apprendre plus sur la vie de spartiate menée par Kratos en amont des premiers jeux.

Et cette approche s’avère d’autant plus intéressante qu’elle est également une opportunité pour nous de découvrir une autre facette du personnage, bien loin du guerrier aveuglé par la vengeance de la saga grecque ; et du père froid et distant de la saga nordique. Dans Sons of Sparta, Kratos apparaît bien plus humain et loquace qu’il ne l’a jamais été, en plus de se laisser aller à quelques touches d’humour traduisant toute l’innocence qui caractérisait encore le personnage à ce moment de sa vie. Sans compter que le titre de Mega Cat a eu la bonne idée d’introduire ce nouveau récit sous la forme d’une histoire racontée par le héros à sa fille, Calliope, ce qui permet en parallèle d’approfondir subtilement leur relation. Et de retrouver, pour les amateurs de VO, T.C. Carson au doublage tandis que Frédéric Souterelle reste de la partie pour la VF.

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Difficile, en revanche, de se montrer aussi positif quant au fil conducteur à proprement parler de ce God of War, qui peine cruellement à captiver. Car le moteur de Sons of Sparta, qui nous amène à partir sur les traces d’un spartiate disparu, ne décolle jamais vraiment et semble ainsi surtout servir de prétexte aux scénaristes pour nous conduire d’un bout à l’autre de la map. De même, si les personnages secondaires ne manquent pas, leur présence reste dans l’ensemble anecdotique et n’est jamais suffisamment approfondie pour nous marquer d’une quelconque manière. Connaissant la qualité habituelle de la franchise sur ce point, en particulier avec les deux derniers opus, on ne peut donc qu’en ressortir déçu, même si l’évolution de la relation entre Kratos et Deimos suffit à donner un minimum de pertinence au jeu.

Casser les codes… avec sagesse

Côté gameplay, Sons of Sparta marque également une véritable rupture avec les codes habituels de la franchise, qui délaisse cette fois-ci l’action-aventure en 3D au profit d’une approche en 2D de type metroidvania. Un choix surprenant, il est vrai, mais qui fonctionne en réalité plutôt bien si l’on omet le classicisme criant qui se dégage de la formule de Mega Cat. Pourtant, il faut le dire : tous les ingrédients d’un bon God of War sont là, ou ont été adaptés de façon plutôt maligne par le studio. Par exemple, Kratos n’a peut-être pas encore ses fameuses Lames du Chaos ni même sa Hache Léviathan, mais c’est alors l’occasion pour nous de mieux profiter de ses talents de spartiate illustrés par le combo lance / bouclier. De même, le côté divin reste présent à travers les Cadeaux de l’Olympe, qui rappellent les pouvoirs de Kratos dans la saga grecque.

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Du Buste de Lycurgue à la Flamme éternelle, en passant par le Glaive d’abondance, la Fronde solaire ou encore les Sandales du Triomphe, de nombreuses mécaniques ont été pensées pour servir à la progression comme au combat. De quoi permettre à tout un chacun de trouver le gameplay qui lui correspond le mieux, donc, en sachant que l’on retrouve également le côté light-RPG mis en place dans la saga nordique. Qu’il s’agisse de la lance, du bouclier ou même de la ceinture de Tyché, destinée à conférer toutes sortes de charmes à Kratos, chaque élément peut être personnalisé à différents niveaux afin d’offrir des bonus bien précis. Sans compter la présence de plusieurs arbres de compétences, qui permettent de leur côté d’accentuer les compétences offensives, défensives et magiques du héros.

Et il faut le dire, cela contribue davantage qu’il n’y paraît à approfondir les combats de Sons of Sparta au fil de l’aventure, même si ceux-ci sont loin d’offrir la même complexité que les cadors du genre. Outre l’utilisation des Cadeaux de l’Olympe, qui repose sur une jauge de magie, les affrontements restent tout ce qu’il y a de plus classique, et mettent notamment l’accent sur la parade et l’esquive. Ne vous attendez donc pas à des combats grandiloquents à la God of War, car il n’y en a tout simplement aucun. D’ailleurs, on ne peut même pas dire que les combats de boss soient l’élément que l’on retiendra du titre, quand bien même le bestiaire du jeu fait la part belle aux créatures emblématiques de la saga grecque (cyclopes, minotaures, gorgones, satyres, etc.), avec quelques nouveautés bien sûr.

Autant dire, donc, que nous aurions aimé que Sons of Sparta se montre un petit peu moins sage sur la question, même si le contexte de l’aventure peut sans doute justifier cela. En revanche, difficile de trouver davantage d’excuses à Mega Cat pour expliquer la simplicité qui se dégage de la progression, dont les phases de plateforme et les trop rares énigmes ne nous opposent jamais de réelle difficulté. Quitte à opter pour une formule de type metroidvania, il aurait en effet été préférable d’approfondir cet aspect, qui était en plus déjà largement présent dans des jeux comme God of War (2018) et Ragnarok. De même, il y avait probablement matière à diversifier les objectifs secondaires, qui se résument dans l’ensemble à trouver des collectibles, faire des offrandes pour améliorer ses stats, et accomplir des épreuves de combat.

Un bond dans le passé

Ce faisant, nul doute que Sons of Sparta aura parfois un peu de mal à retenir l’attention des joueurs, qui ne ressentiront peut-être pas le besoin ni l’envie d’explorer tous les recoins de cette ancienne Laconie. Et malheureusement, le titre de Mega Cat n’est pas non plus aidé par son choix de style artistique, qui peut profondément diviser. Bien sûr, ce dernier est entièrement assumé par le studio, qui a confié vouloir mettre en scène un God of War nous ramenant tout droit à l’ère PS1. D’où cette ambiance fortement rétro en pixel-art. Mais il y avait sans doute moyen de proposer quelque chose de plus aguicheur pour le public de la franchise, notamment au vu des possibilités offertes par l’univers de cette dernière. Sans compter que de nombreux bugs, techniques, audio, comme visuels, viennent alors parfois ternir l’expérience de jeu.

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Heureusement, cela n’empêche pas non plus Sons of Sparta de nous montrer qu’il est également capable d’accomplir de très bonnes choses. Par exemple, on ne peut que souligner la qualité des animations, qui rendent subtilement hommage aux épisodes développés par Santa Monica, tandis que la bande originale composée par Bear McCreary s’impose de loin comme l’un des aspects les plus réussis du jeu. Car tout en conservant le côté orchestral que l’on a pu entendre dans les compositions de la saga nordique, le compositeur de God of War a su conférer à ses morceaux une dimension savoureusement rétro, qui nous donne parfois l’impression de revenir directement à l’époque de la PS1, voire même de la Game Boy Advance. Et aussi inattendu que cela puisse paraître, le résultat est sensationnel.